De nos jours, partir en vacances en été est devenu d'une affligeante banalité (et même en hiver, ski oblige), à tel point que ceux qui ne partent pas (soit qu'ils ne le peuvent pas, soit qu'il ne le veulent pas) apparaissent comme des dinosaures. Pourtant, ce phénomène de migrations vacancières massives n'est pas si ancien que cela. Il suffit de remonter quelques soixante ans en arrière pour s'en rendre compte.
Dans les années d'après-guerre, il fallut d'abord songer à reconstruire, à retrouver des conditions de vie acceptables: inutile de dire que cela n'incitait guère aux loisirs et ne permettait pas de s'offrir des vacances coûteuses. De plus, la durée des congés payés n'excédait pas trois semaines: de quoi se reposer, certes, mais pas d'entreprendre de longs voyages sous le soleil des tropiques, surtout eu égard aux moyens de déplacement d'alors: l'automobile était encore rare, les transports en commun (train , autocar) encore lents et pas toujours très confortables. D'autre part, dans les Boutières, région autrefois largement paysanne, l'activité agricole ne permettait pas des absences prolongées. Si l'on ajoute à cela que la guerre d'Algérie pesait sur le moral des Français (et des Boutiérots par la même occasion), on comprendra que notre région ne fut pas particulièrement pionnière en matière de temps de vacances et de voyages.
Pourtant, il serait erroné de penser que durant son temps libre, la population des Boutières ne s'échappait jamais de son cadre de vie habituel. Tout d'abord, on pouvait aller prendre l'air chez des parents ou des amis, ne serait-ce que quelques jours, pour peu que ceux-ci ne soient pas trop éloignés, et l'accès en train ou autocar pas trop difficile. Mais on pouvait voyager plus loin, si l'on disposait , comme les plus fortunés commençaient à le faire, dès le milieu des années cinquante, d'une automobile. La mer (la Méditerranée, cela va de soi) était alors la destination privilégiée des Boutiérots; elle n'était pas si éloignée: en un peu plus des trois heures de route, on atteignait la côte languedocienne. Et d'ailleurs , innombrables furent les Ardéchois à avoir vu la mer pour la première fois au Grau-du-Roi,
destination très fréquentée par les classes populaires.
Les enfants n'étaient d'ailleurs pas exclus de ces séjours hors des Boutières. En effet, à cette époque, existaient en nombre les colonies de vacances, celles-là mêmes que chantait Pierre Perret en 1968 qui permirent à beaucoup d'enfants des classes populaires de voir d'autres horizons (la mer surtout) et de faire l'expérience de la vie en collectivité. Ce n'était pas si mal -quoi qu'on en ait dit, et l'oubli dans lequel elles sont tombées paraît assez injustifié, au vu des services qu'elles ont rendus à l'époque. (1). Seules les vacances d'hiver n'étaient pas encore accessibles à tous et réservées à une tranche de la population aux moyens financiers conséquents, de même que les voyages en avion et à l'étranger, hors de portée de la grande masse de la population de l'époque.
Les vacances des Boutiérots apparaissent donc assez différentes à 60 ans de distance, mais celles d'aujourd'hui ne sont pourtant souvent qu'une extension de celles d'hier.
- Si les enfants Boutiérots allaient à la mer, d'autres, en revanche, venaient à la montagne, dans la région: les colonies de vacances étaient alors nombreuses dans les villages des Boutières (Saint Martin en faisait partie), lors des vacances d'été pour les enfants des villes ou du littoral, amenant ainsi son cortège d'animation .
Gilbert Verdier