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Le Vatel de St-Martin.

       C’est après la publication de l’article « Un artiste peintre se mariait à St-Martin en 1908 ? » (Ruedespuces n°82) qui évoquait une partie de l’histoire de l’hôtelier Joseph Boyer, que j’ai trouvé un article qui le compare à François Vatel. Ce célèbre intendant, restaurateur et maître d'hôtel au service des « grands » du 17ème siècle, se serait suicidé parce qu’une commande de poisson n'était pas arrivée à l'heure.

        C’est à l’occasion du conseil de révision de mai 1901 qu’un nouveau correspondant de presse pour l’hebdomadaire Le Journal de Tournon a proposé un article long d’une demi-page de journal environ pour couvrir cet événement annuel. L’article signé Jean du Mézenc était très dithyrambique envers les républicains et contrastait, bien sûr, avec celui paru dans La Croix de l’Ardèche aussi hebdomadaire.

       Ancien journal d’annonces et d’avis divers, Le Journal de Tournon était devenu politique, fortement républicain et démocrate, avec l'avènement de la 3ème République (Voir la presse aux AD07). Le combat politique local de cette période passait par les articles de ces deux parutions ; La Croix de l’Ardèche était un journal catholique et conservateur de droite.

       L’article affirmait : « le repas a eu lieu dans une salle spacieuse et très éclairée a été parfaitement servi par M. Boyer, le Vatel de St-Martin, et les 75 convives du banquet ont fait honneur aux plats excellents qui ont circulé… ». Le maître d’hôtel Boyer était donc réputé, mais surement pas au point d’être l’égal de Vatel, et peut-être républicain, ou bon commerçant.

 

Des occasions pour banqueter

       La 3ème République avait remis à l’honneur les banquets qui étaient moins prisés et moins nombreux pendant le second empire. Il y avait de nombreuses occasions :

- les fêtes d’écoles laïques avec ses remises des prix ; présidées par un homme politique, un notable et l’inspecteur d’académie ;

- les conseils de révision en présence du préfet, des membres du comité républicain cantonal et d’administratifs de la préfecture, en corrélation avec les « classes » fêtées par des réjouissances… ;

- les anniversaires de la République, les 14 Juillet et les fêtes démocratiques organisées par le comité républicain cantonal ou de la mutualité (des ouvriers de Murat) ;

- la sainte Barbe des pompiers ;

- les campagnes électorales….

 

       Chacune d’entre-elles était l’occasion d’un discours politique, que se soit au plan national, international ou local (non n’avons pas encore trouvé de photos de banquet à St-Martin ou dans son canton).

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       Quelques banquets croqués par les artistes de la publication Le Petit Journal. De gauche à droite : en juin 1900, banquet lors d’une rencontre de l’extrême droite avec Paul Déroulède exilé en Espagne ; avril 1903, un banquet « mouvementé »pendant la tournée de M. Pelletan, commandant de la marine de France ; juin 1908, réception du président de la République à Londres ; décembre 1908, le banquet des pompiers pour la sainte Barbe.

(Source : BnF, Gallica).

 

Quelques banquets à St-Martin sur une décennie

(Sources : Le Journal de Tournon ; tous les banquets n’ont pas donné lieu à des articles.)

 

- 20 août 1898, distribution des prix (écoles laïques) présidée par Doize juge de paix.
A midi, un banquet était de soixante couverts. « Le menu, servi par l’hôtel Boyer, était parfait. »

 - 13 août 1899, distribution des prix présidée par M. Marc Sauzet, député.
Un banquet était servi par l’hôtel Boyer.

 - 18 août 1900, distribution des prix présidée par M. Fougeirol sénateur.
Un banquet a été servi à l’hôtel Boyer.

 - Mai 1901, conseil de révision en présence du préfet, du sous-préfet, du juge de paix.
Le repas « a eu lieu dans une salle spacieuse et très éclairée a été parfaitement servi par M. Boyer, le Vatel de St-Martin, et les 75 convives du banquet ont fait honneur aux plats excellents qui ont circulé, et parmi lesquels figurait un magnifique agneau qui a été présenté tout entier ».

 Juin 1902, conseil de révision.
Le comité républicain de Saint-Martin-de-Valamas a offert un banquet à M. Belleudy, préfet de l’Ardèche. Cinquante convives assistaient à ce banquet démocratique. Restaurateur non cité.

 Début juillet 1903, fête de solidarité républicaine. Le sénateur Boissy d’Anglas qui devait la présider était absent.
Un banquet de 250 couverts servi par M. Boyer, maître d’hôtel, a eu lieu « sous les tilleuls du parc de la maison Murat ».

 10 septembre 1904, anniversaire de la proclamation de la troisième République, présidé par M. Augagneur, « l’éminent maire de Lyon ».
Un banquet populaire réunissant 500 démocrates sous une tente dressée dans un terrain attenant à la gare a été très bien servi par M. Degrand, cafetier (hôtel de La Gare).

 23 mars 1906, campagne électorale de Gorges Murat à St-Martin coïncidant avec un conseil de révision en présence du préfet.
Georges Murat a présidé le banquet qui réunissait de nombreux membres du Comité du canton à l’hôtel Boyer.

 12 mai 1907, fête annuelle des mutualistes.
A midi, un banquet a eu lieu « sous le préau de l’école de filles, mis gracieusement à la disposition des organisateurs par M. le préfet ». Le repas a été « très bien servi par M. Martin Mayaud, maître d’hôtel ».

 1908, conseil de révision en présence du préfet, sous-préfet et d’un ancien député.
« A midi, un banquet populaire réunissait sous le vaste préau de la maison d’école 125 convives de Saint-Martin-de-Valamas et des communes environnantes ». Restaurateur non cité.

 

De Saint-Martin-de-Valamas à la Chambre des députés

 

       Un banquet a soulevé certaines critiques pour des faits qui se renouvelaient.

        On lit dans l’article sur le conseil de révision de 1901 l’affirmation surprenante : « Tous les fonctionnaires, massés devant la maison d’école, attendaient la venue du premier magistrat du département auquel notre population a fait un accueil des plus empressés ».

       Cette action s’est renouvelée le 23 mars 1906 lors de la venue de Georges Murat à St-Martin et cela n’a pas plu à son adversaire Gailhard-Bancel. Celui-ci a évoqué cette affaire à la Chambre des députés en lisant l’entrefilet d’un journal : « Pour permettre aux facteurs d'assister à ce banquet, on a dû supprimer, ce jour-là, la distribution essentielle et principale des lettres qui a lieu à midi » ; puis celle d’un certificat qui établissait que « la distribution des lettres n'avait eu lieu qu'à cinq heures ce jour-là ! ».

       Ce n’était pas le seul problème politique saint-martinois lié à l’élection législative de 1906 et évoqué à la chambre. C’est Gailhard-Bancel qui a été élu pour une seconde fois (52,8% ; groupe action libérale).

       Les résultats pour le canton de St-Martin : Murat 632 voix ; Gailhard Bancel : 2 376 voix.

 

Jean Claude R

 

 

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