Lors d’une recherche, un court article du journal Le Progrès du 13 décembre 1908 rapportant le mariage à Saint-Martin-de-Valamas d’un « artiste peintre », dénommé Rambaud, un nom peu courant, avec la fille du « maître d’hôtel » local, était intrigant. Voici l’article :
« Mariage et bienfaisance. A l'occasion du mariage de M. A. Rambaud, artiste peintre, avec Mlle Louise Boyer, fille du maître d’hôtel de notre localité, une collecte faite par M Brochier, invité, en faveur des écoles laïques, a produit la somme de 6 fr. 30 qui a été aussitôt versée entre les mains du trésorier. Nos remerciements à M. Brochier et tous nos vœux aux jeunes époux. »
Cela méritait bien une petite enquête.
En lisant l’acte de mariage on découvre que le futur, Albert Léonce Rambaud âgé de 37 ans et originaire de Tournon, déclarait la profession de peintre et que son père était peintre décorateur dans la même localité. Si Albert Léonce n’était pas un « artiste peintre » comme l’indique l’article du Progrès, il a cependant été reconnu comme « ouvrier d’art » lors du conseil de révision, ce qui lui a valu une dispense non définie dans le document militaire.
Nous avons son signalement, présent sur sa fiche militaire de 1894 et la photographie de sa
carte de combattant du 4 octobre 1930.

Marie Louise Rosalie Boyer, la fille du maître d’hôtel, avait 23 ans le jour du mariage célébré le 25 novembre 1908. Son père Joseph était hôtelier rue du Garail et sa mère, Augusta Roméas, était alors cuisinière dans l’hôtel. Après le mariage, le couple s’est ensuite installé à Tournon, rue Centrale avant de déménager rue Aimé Dumaine et n’a vraisemblablement eu qu’une fille, Simone Augusta Marie, qui est née à St-Martin en 1913, dans l’hôtel. Albert Rambaud, qui n’était pas un « artiste peintre » a fini sa carrière professionnelle comme patron d’une petite entreprise de platerie. Dommage pour la notoriété de St-Martin…
Cependant cet article nous permet d’affirmer que des rédacteurs du Progrès s’inspiraient largement des journaux locaux ardéchois pour rédiger certains de leurs articles. Le compte rendu de ce mariage avait déjà été publié dans le Journal de Tournon du 29 novembre 1908, probablement rédigé par un correspondant local de presse. Celui-ci n’hésitait pas à employer le possessif « notre », pour désigner la mairie et le village... Était-il un élu ? Ce n’était pas le maire, Georges Murat, qui était absent ce jour là…
Voici l’article :
« Mariage. Mercredi soir à cinq heures a été célébré à notre mairie le mariage de M. Albert Rambaud, artiste-peintre à Tournon avec Mlle Marie- Louise Boyer, fille du maître d’hôtel bien connu de notre localité. A cette occasion, M. Bonnet, greffier de la Justice de paix, adjoint chargé de l’état-civil a prononcé une petite allocution bien de circonstance qui a été très goûtée par les assistants. La cérémonie terminée, sur la proposition de M. A. Brochier, un des invités, une quête qui a produit la somme de 6 fr. 30 a été faite au profit du Sou des Écoles laïques. Nous sommes particulièrement heureux d'adresser aux jeunes époux nos meilleurs vœux de bonheur et de prospérité. »
Ces articles sont aussi un prétexte pour nous intéresser à l’histoire de l’hôtel de Joseph Boyer, ou plutôt aux différents emplacements de l’hôtel.
Après son mariage en 1879 avec Maria Augusta, une fille de l’aubergiste Eugène Roméas installé sur la place, Joseph Boyer a laissé son emploi de « courrier du Fay à St-Martin » pour s’installer comme hôtelier sur la place de St-Martin. Il a ensuite déménagé son activité rue du Garay dans un immeuble beaucoup plus vaste. La famille y était recensée en 1891.
C’est au début du XX° siècle que l’hôtel semble en plein essor. En 1901 il y avait deux voituriers dans la famille et l’hôtel a proposé par la suite des « voitures à volonté ; un service à tous les trains ; des excursions aux Mézenc, Gerbier, etc. » suivant l’entête d’une lettre au nom de l’hôtel. Le ménage, suivant l’expression du recensement, était alors composé des parents, de cinq enfants et de deux domestiques. Un des enfants, Alexandre, a été hôtelier au quartier de la Gare.
En 1921, Joseph et son épouse, respectivement âgés de 72 et 66 ans, regagnèrent la place et reprirent probablement l’hôtel-café qu’ils tenaient auparavant, en le gérant avec l’aide d’une
domestique. Ils y étaient encore recensés en 1936 mais plus en 1946.

L’hôtel-café est devenu un café qui existait encore dans les années 1950-60 avant de devenir une habitation… Nous ne connaissons pas le non du dernier cafetier ni la date d’arrêt de son activité. Si vous avez des informations pour compléter cette histoire, n’hésitez pas à nous en faire part.
Il reste une question qui risque d’être sans réponse : comment Albert Rambaud et Marie
Louise Boyer se sont-ils connus ?
Une piste pourrait être suivie : en 1906, deux ans avant le mariage, un domestique de 26 ans travaillant dans l’hôtel était originaire de Tournon… À moins qu’Albert n’ait eu une commande de décoration picturale à St-Martin ?
Quant à l’invité Brochier qui a proposé la quête, il pourrait s’agir d’un candidat républicain
à l’élection municipale de Tournon de 1900, un personnage aussi actif dans les milieux liés à l’enseignement laïc, sous toute réserve, en fonction d’éléments trouvés dans le Journal de Tournon.
JCR

