
Elle est souvent animée, cette rue bien en pente : les moutons y passent pour trouver leur pré, les touristes la montent et s'arrêtent au milieu pour souffler un peu, certains cyclistes la descendent à tout allure, d'autres tout doucement par peur que la pente les emporte. Parfois, les GPS guident les fournisseurs qui ne regardent plus les pancartes et se demandent comment sortir de ce guet-apens à camionnettes.
Cela arrive de temps en temps et ne changera pas.
C'est le quotidien qui a changé.
Je ne boirai plus de café chez François. On ne parlera plus de l'Allemagne, des Pays-Bas, de Loches, des amitiés, des richesses et des difficultés de la vie en nous moquant de notre sérieux et en nous félicitant de pouvoir vivre dans notre village de prédilection. François avait comme habitude de dire: " J'ai vécu à tant d'endroits. Depuis que je suis à Saint Martin, je me demande comment j'ai pu vivre ailleurs."
Qui d'autre aurait pu expliquer si bien les dessous des relations Saint-Martinoises ? Les questionnements par rapport au Cheylard ? L'histoire de l'Office de tourisme ? La lutte pour garder des chemins de randonnée accessibles à tous contre un projet de golf ? Le fait que quelqu'un a fait le forcing pour appeler la Rue des puces Rue droite ? ...
Un regard bienveillant plein d'humour, un regard de l'intérieur qui connaissait, et en même temps un regard de l'extérieur qui permettait de garder les distances nécessaires pour rester juste et fidèle à lui-même.
Ce regard n'est plus.
François est parti pendant un de ses nombreux voyages. Cela lui correspond si bien. Et c'est si dur pour ceux qui restent, c'est arrivé trop vite.
Il avait raison en voulant acheter sa 4L électrique rapidement." A mon âge, je n'ai plus le temps d'attendre."
François était tellement présent qu'il restera dans le cœur de tous ceux qui l'ont connu et qui ont eu la chance de passer du temps voir, une partie de leur vie avec lui.
La Rue des puces, celle qui descend et surtout celle qui monte, qui a voulu de lui jusqu'au bout, la Rue des puces sous forme de blog, nous rappellerons encore très longtemps ce voisin, ce citoyen hors du commun au grand cœur plein d'humanité.
Christiane Behnke