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ruedespuces - Page 163

  • Hommage à René de Obaldia (1918-2022)

    rené de obaldia.jpg

    Début février disparaissait René de Obaldia, à l'âge de 103 ans (!), membre de l'Académie française, ancien diplomate. Son nom ne vous dit peut-être rien et pourtant il fut un des écrivains français les plus talentueux du XXe siècle. Alors, en ces temps troubles où l'on encense dans les médias des personnalité médiocres, voire douteuses, et où l'on porte au pinacle des écrivains de seconde zone, rendons hommage à ce virtuose de la langue française, qui fut romancier (« Tamerlan des coeurs », « Le Centenaire ») auteur dramatique (« Genousie », « Du vent dans les branches de Sassafras ») poète (« Les richesses naturelles »). Mais ce que nous retiendrons ici, c'est son recueil de poèmes « Innocentines » (1968) avec son sous-titre « poèmes pour enfants et quelques adultes », qui annonce bien la couleur : Ce sont des poèmes aisés à lire et à comprendre, écrits dans un esprit malicieux, espiègles, voire légèrement coquin, qui plairont à tous ceux qui ont gardé en eux leur enfance. Parmi tous ces poèmes citons particulièrement : (mais tout se déguste)

    -Vespasien

    -Petronille

    -Depuis le temps qu'il y a des guerres

    -J'ai trempé mon doigt dans la confiture

    -En ce temps là

    -Julot-Mandibule

    -Le zizi perpétuel (un must absolu)

    -La soucoupe volante

    -Le plus beau vers de la langue française (autre must)

     

    En prime, en fin de volume, une petite pièce de théâtre qui vous tirera des larmes de rire ( un népenthès de tout premier ordre!) « Alligators et Kangourous »

     

    Oui : Que vive Obaldia

     

    Gilbert Verdier

     

    Pour faire plaisir à Gilbert "ruedespuces" vous offre en exclusivité :

    Le zizi perpétuel

    Mon petit frère a un zizi
    Mais moi, Zaza,
    Je n’en ai pas.

    Mon petit frère a un zizi
    Toujours placé au bon endroit
    Mais moi, Zaza,
    Je n’en ai pas.
    Pourquoi ?

    Il me le montre sans répit
    Pour me donner du dépit
    Pour se donner un air gaulois
    Pour m’enfoncer dans l’désarroi !

    Il me le sort en catimini’
    En tapis rouge en tapinois’
    Et me le fait toucher du doigt :
    C’est assez doux
    Comme caoutchouc
    Mais y’a pas de quoi
    Perdre la foi.

    Et moi, et moi, moi je me dis
    Pourquoi mon frère a un zizi
    Dans quel tiroir se font les lois ?
    Le jour et la nuit
    Son zizi le suit
    Toujours placé au bon endroit.

    Et moi, Zaza, dans les draps blancs
    J’ai beau me tâter
    Me tâter souvent
    À la place où ç’aurait dû été
    Que du vent ! Que du vent !

    « Tu verras Zaza
    Avec mon zizi
    Un jour je serai le Roi »
    Qu’il dit
    Tout en lui collant tout autour du sparadrap.

    À la fin c’est énervant
    De manquer obstinément
    De cette sorte d’émolument.

    Si j’ai le regard zoulou
    Si j’ai le nombril sournois
    Si je fais des coups en d’ssous
    Si je pousse de guingois
    Si je ne fais pas mon poids
    Faut pas demander pourquoi !

    Mais pourquoi ?
    Pourquoi ?

    (René de Obaldia)

  • Conseil de révision et tourisme

    Apparemment il n’y a pas de rapport entre un conseil de révision et le tourisme. Nous pourrions entrevoir, dans une époque lointaine, la possibilité de voyage d’un futur conscrit de son village au chef-lieu de canton puisque c’est là que siégeait chaque année cette institution militaire. Déplacement exceptionnel pour certains puisque l’on apprend dans des comptes rendus que certains jeunes gens n’avaient jamais quitté leur village avant de se rendre à cette réunion.

     

    Ce conseil que l’on qualifie suivant les époques de revision ou de révision (l’accent aurait divisé les académiciens et hommes de lettres) prend ses racines dans la loi dite Jourdan votée le 5 septembre 1798. Elle rendait le service militaire obligatoire. Après plusieurs modifications la circonscription et le conseil de révision institué en 1805 puis remplacé par les « 3 jours » en 1997, sont définitivement supprimés en 2001. Certains ont considéré que la circonscription était, à une certaine époque, une fête pour les conscrits ? C’était surtout une fête gastronomique pour les membres du conseil qui se retrouvaient autour d’une table bien garnie… « On demeure longtemps à table. La succession des plats qui défilent devant nous nous oblige à faire trêve à nos habitudes, et c'est avec grand plaisir, ma foi, que nous savourons les vins fins et toutes les bonnes choses qui nous sont offertes d'une façon si cordiale et si gracieuse. Mais, tout a une fin ici-bas, et il faut bien, bon gré, mal gré, quitter nos hôtes, car voici l'heure de la séance, dans quelques minutes, et il faut nous rendre à la mairie » (extrait de l’ouvrage décrit ci-dessous).

     

    Et la relation avec le tourisme ?

     

    Voici un cas sûrement unique relatif à une tournée du conseil de revision en 1891 dans la Nièvre. Il a fait l’objet d’une publication  « Tournée du conseil de revision en 1891 », sans nom d’auteur. La préface précise que les membres de ce conseil ont été invités à noter leurs impressions et informations sur les cantons où ils avaient siégé, comme ont pu le faire les voyageurs d’antan. Entre deux conseils, ils avaient le temps de faire des visites… « Nous avons donc réuni les renseignements qu'il nous a été possible de recueillir sur place ; nous avons compulsé dans les archives de la Préfecture et dans le Nivernais (1840), assemblé et réuni dans ce volume les documents de nature à nous édifier sur les ruines, châteaux, monuments, églises, faits de guerre, ainsi que sur les légendes et histoires marquant bien la couleur des contrées traversées et, d'une manière générale, tout ce qui intéresse le touriste ».

     

    Quelques extraits :

     

    Mercredi 15 avril 1891. « La séance n'est qu'à une heure et demie. Profitons de notre matinée pour visiter l'église de Notre-Dame-du-Pré et le prieuré de Donzy-le-Pré, en ruines. C'est une œuvre du douzième siècle. Le portail est de style byzantin, les nefs, qui subsistent en partie, ont l'ogive romane; la partie supérieure du clocher qui, du reste, n'est plus entier, date du treizième siècle. Voici l'heure du déjeuner. Entrons à l'hôtel de la Charrue, près de la mairie et de la maison d'école. Cette course matinale a stimulé notre appétit, et ce n'est pas sans besoin que nous consommons un plantureux repas. »

    Mardi 14 avril 1891. « On ne dort guère dans les hôtels [de ce village], surtout le matin. Le bruit des omnibus qui vont à la gare et qui en reviennent, les voyageurs qui se font réveiller de bon matin, tout cela fait un vacarme à mettre sur pied le meilleur dormeur ».

    Jeudi 16 avril 1891. « Pouilly est renommé par le fumet de son vin sec et pétillant. Le matin avant d'aller travailler dans les vignes, les vignerons tuent le ver, en absorbant une certaine quantité de vin blanc pur. »

    Jeudi 4 juin. 1891. « Le lac des Sottons est très poissonneux ; il renferme en quantité considérable des brochets, des carpes, des truites, des Fera, poissons blancs importés du lac de Genève. Les grandes pèches se font tous les deux ans, à l'époque des chaleurs. »

     

    En lisant l’ouvrage on peut suivre avec précision le voyage, en temps et en heure, des membres du conseil et savoir quels moyens de transport ils ont utilisés. Aussi bien qu’avec un vrai guide touristique !

     

    Parmi les conscrits de la classe 32 de St-Martin (photo), combien étaient-ils à avoir fait du tourisme en dehors du canton ?

    1932-la-classe-st-martin_070.jpg

     

     

    JC

     

    Notes : 

     

    Tournée du conseil de revision en 1891, Impr. Nivernaise (Nevers), 1891, Gallica.

    Le Nivernais, au début journal politique et littéraire avec une première parution le 14 décembre 1871. A probablement existé jusqu’en 1965 comme journal indépendant en prenant un moment l’adjectif « populaire ». AD de la Nièvre.


    Gravure tirée de  « En Tournée de révision, conte humoristique »  de Carlochristi publié en 1902. Gallica.

    conseil-revision-avant.jpg

    Jean-Claude Ribeyre

  • J'ai lu

    Le voyant d’Etampes

    de Abel Quentin aux éditions de l’observatoire. Ce livre est disponible à la médiathèque de St Martin de Valamas.Le-Voyant-d-Etampes.jpg

    Jean Roscoff, universitaire récemment à la retraite cherche à occuper son temps libre pour freiner sa consommation d’alcool. S’il se penche sur son passé il n’a pas à se féliciter d’avoir réussi sa carrière ni pour autant sa vie privée. Jean Roscoff a eu ses chances, militant à SOS racisme il a connu les hommes de pouvoir de la gauche socialiste. Marc, son ami, a su lui transformer l’essai et saisir les opportunités pour se faire un nom. Le professeur d’histoire, spécialiste de de l’Amérique pendant la guerre froide, a bien essayé de marquer les esprits en tentant de disculper les époux Rosenberg, accusés d’espionnage au profit des russes, dans un livre sorti au moment où la CIA rendait publique les éléments prouvant leur culpabilité. Un piège qu’il va trainer comme un boulet   mais aussi un enchainement de désillusions et de renoncement.

    Aussi lorsqu’il décide de se lancer dans l’écriture d’un nouveau livre prend il la précaution de choisir un sujet éloigné des polémiques de la sphère médiatique : la poésie et qui plus est un poète totalement inconnu du grand public, Robert Willow, poète noir américain, mort en 1960 dans un accident de voiture dans l’Essonne.

    C’est du moins ce qu’il croit !! ce roman à rebondissements est un bel exemple de la puissance et des dangers véhiculés par les réseaux sociaux.

    Andrée Roméas

     

    L’art de perdrealice zeniter.jpg

    Roman d’Alice Zeniter

     

    Hasard du télescopage entre la lecture d’un roman et une certaine actualité.

    En effet, ce roman basé sur des faits réels, retrace ce que l’on pourrait appeler la descente aux enfers des harkis à partir de 1962 ; ces hommes que la colonisation avait fait Français et qui ont souhaité le rester après le cessez-le-feu du 19 mars.

    Beaucoup d’entre eux, avaient servi dans la Première Armée française, avaient défendu la France lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment en Tripolitaine, en Italie où ils ont participé à la bataille de Monte Cassino puis nettoyé le terrain jusqu’à Rome - avant que l’État-major des alliés leur demande de se retirer pour laisser entrer dans Rome, déclarée ville ouverte, les troupes anglaises et américaines,- ils ont également participé au nettoyage du terrain après le débarquement en Provence le 15 août 1944 puis ont poursuivi les armées du IIIe  Reich jusqu’en Allemagne. Pour tous ces actes, à certains de ces soldats, la France reconnaissante leur a attribué des médailles.

     

    Pour ceux d’entre eux qui ont pu traverser la Méditerranée avec leur famille après avoir échappé « au sourire kabyle », le sort que leur réservait leurs compatriotes, la France les a accueillis dans des conditions lamentables dans des camps qui s’assimilaient beaucoup plus à des camps d’incarcération qu’à des camps provisoires d’accueil et, à partir de leur arrivée en métropole, leur vie a été faite de transferts incessants d’un camp à un autre.

     

    L’auteur retrace donc au fil des pages le traumatisme de ces familles déracinées ; traumatisme qui s’est répercuté immanquablement sur leurs descendants, enfants mais aussi sur leurs petits-enfants ; ceux qui n’ont pas connu l’Algérie, ceux qui ont rejeté l’Algérie, mais aussi ceux pour qui l’Algérie a laissé un grand vide qu’ils ont eu beaucoup de mal à combler.

     

    Ce livre a obtenu de nombreux prix dont le Goncourt des lycéens.

     

    Éditions Flammarion 22€

     

    Alain Amsellem