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ruedespuces - Page 165

  • Editorial

    Depuis un an, notre façon de vivre a sensiblement changé : Plus de fêtes, plus de manifestations culturelles, plus de rencontres au café ou au restaurant, on ne se touche plus, on ne se voit plus qu'à travers un masque. Cette déshumanisation a accéléré l'utilisation d'internet qui, déjà avait pris une grande place dans nos vies. Cette tendance ne s'arrêtera pas avec la fin de la pandémie mais risque bien au contraire de s'accélérer. On voit également les moyens de surveillances se développer et la venue de la 5G ne peut qu'accélérer le mouvement. Tout ceci menace nos libertés. Personnellement, je n'ai pas envie de vivre dans cette société où nous risquons d'être dirigés et surveillés par des machines.

    « ruedespuces » en prenant exemple sur le « Coulassou » a été créé avec l'idée qu'il serait plus simple et plus économique de se servir d'internet. De plus, cela permettait des échanges mais, cette interactivité n'a à ce jour que très peu fonctionné.

    Ceci étant dit, n'est-il pas contradictoire, après ces critiques de se servir de cette technologie pour continuer ce blog ? Comment faire pour être conséquent ?

    De plus, le manque de commentaires et le peut de contacts que nous avons pendant cette pandémie ne nous permet pas de connaître l'intérêt que porte nos lecteurs à ce blog.

    La question de la continuation de l'aventure « ruedespuces » se pose donc.

    Dans ce numéro, on parle entre autres d'écoliers que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître, de tourisme, de forets à Sain-Martin, puis on y trouve un complément à l'article sur le père Lachaise, une réflexion sur la vie confinée, des jeux de mots et des aphorismes, sans oublier le troisième épisode de notre feuilleton

    François Champelovier

  • Des coeurs vaillants aux petits écoliers (années 60)

     

    Ce qui frappe à l’image de ces petits coeurs vaillants de 1957 sur la photo de la parution précédente de « rue des puces » c’est la modestie et l’uniformité des tenues. 

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    On était à une époque où les enfants portaient des culottes courtes à peu près 8 mois sur 12. Les pantalons longs étaient réservés au périodes de grand froid, et plus ou moins ressortis à des dates fixes. 

    Disons qu’on mettait aux enfants les pantalons longs pour la Toussaint et les shorts à partir de Pâques. 

    Peut-être à des dates immuables d’une année sur l’autre, suivant les familles, à moins que par effet d’entraînement, comme pour les dates de départ des hirondelles, en automne, une famille ne donne le départ du changement de tenue et que tout le monde suive.

    Et ce qu’on peut remarquer également sur la photo c’est comme tous ces jeunes enfants sont affûtés physiquement. Pas un poil de graisse superflue, une condition physique parfaite, des jambes fines et musclées qui courent sans arrêt et battent allègrement la campagne. 

    Ces jeunes enfants protégés de tout surpoids, cholestérol ou diabète, car dans leur alimentation, ni sodas, ni cochonneries sucrées, ni additifs de synthèse qui affectent à présent la santé des enfants, de plus en plus jeunes, surtout ceux qui passent leur temps à jouer à la console et à regarder la télé. 

    Sur la photo du numéro précédent, on voit les petits « coeurs vaillants » souriants et sages, mais quand même un peu sur leurs gardes. Comme impressionnés par le clic clac du photographe du journal Le Dauphiné et son appareil photo. 

    Je n’ai pas personnellement le souvenir de cette prise de vue des 3 groupes de jeunes disposés en bon ordre, mais je pense qu’à ce moment là, être pris en photo était un événement important. 

    Je ne sais pas si la personne qui prend la photo était Monsieur Puel (Pierre ?) et s’il était le correspondant local du journal, mais je me souviens qu’il était incontournable pour les photos de tous les événements villageois. Et même je crois pouvoir dire que cette fonction de photographe lui conférait une espèce d’aura, comparable à la fonction de maire, de curé, de docteur, de garde-champêtre, de notaire. Bref un personnage important et un genre de notable. En tout cas quelqu’un, à qui un enfant comme moi attribuait un rôle non négligeable dans la vie du village.

    En plus, dans mon esprit, ses photos devaient faire le lien entre SMDV, petit village de l’Ardèche et le reste de l’hexagone. Sans aller toutefois jusqu’à dire que ce qui se passait dans ce coin, avec son actualité et sa notoriété, allait bouleverser le monde entier.

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    Sur la nouvelle photo de classe qui illustre aujourd’hui cette chronique, on voit les élèves de l’école des frères à peu près à la même époque que sur la photo précédente des coeurs vaillants, peut-être une année avant.

    Je reconnais tous les enfants qui sont sur la photo. 

    Les tenues sont modestes, la blouses grise de rigueur et les chaussures un peu poussiéreuses. Sans doute à cause du foot à la récréation sous le préau avec le vieux ballon rouge en mousse. Le préau de notre école, c’est ce qu’on appelle maintenant la « salle des voûtes ».

    Je pense que les noms notés sur la photo c’est pour attirer l’attention sur mes principaux complices de bêtises enfantines d’époque.

    Rajoutez vous mêmes les noms de ceux qui ne sont pas mentionnés mais que vous reconnaîtrez sur la photo (ils n’ont presque pas changé).

    Certains ne sont plus là, mais je crois pouvoir dire que tous ont eu une vie harmonieuse et réussie (avec ou sans Rolex). Hélas la plupart habitent maintenant loin de leur cher village. Le manque d’emploi local les ayant incités à s’expatrier ailleurs.

    Nos régions des Boutières et plus généralement du massif central, l’historien Fernand Braudel les appelaient « les châteaux d’hommes ». Ce terme pris dans un sens semblable à celui de « châteaux d’eaux ». Comme si le nombre et la puissance de travail des gens qui quittaient leur pays enclavé pour aller irriguer de leur compétences d’autres régions plus industrieuses, était nécessaire à la vie économique du pays.

    Les ouvriers issus des Boutières étaient réputés pour leur sérieux, leur esprit d’initiative, la qualité de leur travail, leur assiduité. Ils n’avaient donc aucun mal à trouver de l’embauche dans les grandes villes. Aidés en cela par ceux originaires du même pays et déjà en place qui les recommandaient à leurs patrons.

    Moi qui vadrouille un peu partout avec ma guitare et mes chansons, je ne perds jamais l’occasion de dire un petit mot quand je joue en public sur ma région d’origine. Pour faire un peu de pub et du prosélytisme. Et c’est là que je mesure l’incroyable attachement des Ardéchois à leur région. Souvent, dès que j’ai fini de jouer, des gens viennent me trouver pour me dire qu’eux aussi sont originaires de ces endroits. 

    Et les Ardéchois, on peut dire qu’ils ont largement essaimé. 

    Il y en a partout : à Lyon, à Saint-Etienne, à Valence, à Marseille… 

    Et même s’ils habitent depuis longtemps loin de leur village, ils sont à tout jamais Ardéchois et le revendiquent.

    Et ce que j’aime bien, c’est quand certains spectateurs, sans être Ardéchois eux mêmes, m’entendent parler de Saint-Martin-de-Valamas, et qu’ils viennent me trouver pour me dire « dites donc, vous qui êtes de là bas moi j’ai travaillé avec… et là ils me sortent un nom ardéchois très courant comme Charreyron, Reynaud, Chaussinand, Imbert… et ils insistent : « vous le connaissez sûrement ». Mais je ne les contredis pas et ne leur dis pas que des personnes portant ces noms, il y en a tellement que lorsque j’ai difficultés à m’endormir, je compte les Rey ou les Rochette… Alors je leur dis que je les connais, et ils sont contents.

    Et pour revenir à mes petits camarades d’école ici sur la photo, ils vont être heureux de se voir, tous ont connu des réussites intéressantes et ont mené des carrières accomplies. 

    Et il y a une bonne raison à cela : c’est qu’ils ont eu la chance de bénéficier d’une scolarité exemplaire, avec des maîtres de grande valeur, qui leur ont appris les 4 règles avec rigueur et application. 

    Quand nous avons quitté l’école des frères, pour aller au collège ou au lycée, ou même en apprentissage nous savions tous parfaitement lire, écrire, et compter et nous avions emmagasiné beaucoup de connaissances. En histoire, en géographie en mathématiques et en science. Background qui a constitué un acquit solide qui nous aura été précieux toute notre vie.

    Et ça va me donner l’occasion, que je n’ai jamais eue, de remercier mes enseignants que je n’ai pas oubliés : Mademoiselle Reynaud qui m’a fait la classe quand j’étais tout petit, avec douceur, gentillesse et application, puis le frère Vartanian, et enfin le frère Brun.

    Quelle chance nous aurons eu de débuter notre scolarité à Saint-Martin-de-Valamas dans les années 50-60.

     

    Georges Verat

  • C'est quoi un touriste ?

    Il serait bon de lire la thèse de Marc Boyer sur « L’invention du tourisme dans le Sud-Est de la France », publiée en plusieurs volumes aux éditions du Centurion. La lecture de son intervention lors des actes de la journée d’étude dédiée aux cent ans de l’administration du tourisme devrait peut-être suffire… pour présenter quelques-unes une de ses idées.



    1 -« Le tourisme n’a pas toujours existé ».



    Les premiers visiteurs de nos contrées étaient des voyageurs qui la traversaient pour des raisons économiques, politiques, administratives et scientifiques ou presque. C’est le cas de l’abbé Giraud-Soulavie qui visitait le Vivarais, en 1774, pour y faire des observations, pendant les « vacances du séminaire ». Il en publiera les résultats. D’autres voyageurs publieront aussi leurs récits de voyage ou le résultat de leurs études.

    En 1840, Georges Touchard-Lafosse, journaliste et éditeur, publie « La Loire historique, pittoresque et biographique : ... de la source de ce fleuve à son embouchure ». Sa collection d'ouvrages illustrés sur les provinces de France préfigure les guides de voyages modernes. On peut se demander s’il a vraiment visité le Gerbier puisqu’il a écrit : « De quelle surprise n'est-on donc pas saisi lorsqu'après avoir atteint laborieusement la cime du Gerbier, on y trouve un terrain frais, marécageux même, dans lequel poussent des joncs ».

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    Pittoresque : le mot est entré dans le vocabulaire du tourisme et se retrouve sur les cartes postales publiées à destination des touristes qui enverront des : « Affectueux souvenirs ; Excellente excursion ; Amitiés de ce joli paysage ; Bons baisers en promenade ; Amitiés de fin de vacances ; Bons baisers de toute la famille ; Ballade en auto, charmant pays ; etc. » ou tout simplement les mots « votre » ou « bonjour de » suivi d’une signature. A un moment le nombre de mots a été taxé par la poste (Poste et Télégraphes en 1879) !



    Après l’idée de pittoresque c’est celle de cure d’air, de montagne ou de balnéaire, qui commence à apparaître dans les Alpes à la fin du XIX°siècle et certains établissements prennent le nom de « Cure d’air de… ». L’expression se retrouvera aussi sur les cartes postales de notre région ; à Saint-Agrève par exemple, un village qui est même qualifié, sur certaines, de « Capitale des Stations d’air »… Cette station a même édité, à partir d’août 1904, et au moins jusqu’en 1907, « Le courrier du bon air » paraissant toutes les semaines pendant la saison.



    2 - « Mais le tourisme a un mobile spécifique : on voyage par désœuvrement et curiosité, selon la définition du dictionnaire, sans raison financière, sans appât du gain. Au contraire, on sait qu’on ne fera que dépenser sans rien gagner. »



    Une économie du tourisme existe et les offices de tourisme font tout pour attirer le touriste et sa manne financière.

    Un célèbre touriste, le Dr. Bailly, visitait le Velay et le Vivarais en 1880 et publiait l’année suivante « Les vacances d'un accoucheur » pour raconter trois semaines d'excursions. Son itinéraire est bien préparé et son accueil attentionné : « .. on sait que je suis un touriste, qu'il me faut un guide, que par conséquent j'ai des ressources pécuniaires on en prend plus d'estime pour ma personne, et le soir, à ma vive satisfaction, je me vois installé dans une chambre proprette, avec de frais rideaux et un lit confortable orné d'un couvre-pied brodé par la « demoiselle » de la maison… ». Les touristes sont cependant peu nombreux : « A sept heures du soir j'étais de retour au village, où, quelques minutes auparavant, deux touristes avaient fait leur entrée. Je ne fus pas fâché de voir des confrères ; depuis trois ans le hasard ne m'en a fait rencontrer aucun, et je commençais à croire que, en France du moins, j'étais le seul voyageur de mon espèce aujourd'hui, plus de doute, j'avais des collègues ». Le Dr Bailly était à pied, louait parfois une monture ou une voiture pendant ses excursions ou prenait des voitures publiques ; d’autres étaient mieux équipés et «  ils voyageaient à cheval, avec domestique ». Le tourisme se réalisait aussi en famille à partir d’un séjour dans une cure thermale et le docteur a rencontré, le 24 août, une famille qui « se composait de trois dames et du frère de l'une d'elles, député d’un de nos départements du Centre, venu à Vals pour sa-santé ».



    Mais, au fait, qui a inventé les touristes ?



    A suivre…

     

    Jean-Claude Ribeyre


     1) Journée du 12 mai 2011. Rapportée dans « Pour Mémoire », revue du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’énergie. Juillet 2012.

     2)« Il fit ses études au collège Saint-Nicolas d’Avignon, puis au séminaire, et fut ordonné prêtre en 1776 ». Jean-Louis Giraud Soulavie, une personnalité polyvalente : prêtre, historien et géologue (1752-1813). Par O. Perru. Académie de Grenoble. 2018.

     3)Saint-Agrève d’hier et d’aujourd’hui, Roger Dugua, Éditions Dolmazon, 2013. A partir de 1905, il existait un journal semblable dans le Cantal : « Le Touriste Journal des étrangers et des baigneurs de Vic-sur-Cère et du Lioran » (Bnf, Gallica). Ces types de journaux publiaient la liste des étrangers en villégiature.

    Légende des gravures :

    Déplacement à cheval devant le Gerbier. Illustration tirée de Description géologique du Velay, Marcellin Boule, 1892. Pendant son étude sur le terrain, l’auteur a remarqué qu’« il n'est pas facile de trouver un gîte dans cette contrée ». Bnf Gallica.

     

    L’Ardèche pittoresque. Le premier confluent de la Loire et le Gerbier de Jonc (1551 m). L.L. (Louis Lévy éditeur de cartes postales). Vue prise entre 1905-1908, dates de construction de l’hôtel, d’après des témoins qui ont indiqué que cet hôtel accueillait beaucoup de pêcheurs à la ligne venus taquiner les truites.