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ruedespuces - Page 118

  • Les Vaudois dans le Bade-Wurttemberg

    L'itinéraire culturel européen « Sur les pas des Huguenots et des Vaudois » part de Poët-Laval (Drôme), traverse la Suisse et, en Allemagne, le Bade-Wurttemberg bad wurtemberg 2.jpget va jusqu'à Bad karlshafen dans la Hesse. Dans le Wurttemberg, au nord de la Forêt Noire, dans la région de Pforzheim, le chemin passe par des villages aux noms bien français : Pinache, Serres, Pérouse et d'autres. Ceux-ci ont été fondés dans les années 1699-1701 par des Vaudois venus du Val Cluson et du Val Pragela dans le Piémont.

    A la fin du XIIe siècle, Pierre Valdès, valdes.jpgun marchand lyonnais, a remis en cause certains principes de son Eglise avec laquelle il rompt en 1179, et il fonde une communauté « Les pauvres de Lyon » qu'on appellera bientôt les Vaudois. Leurs principes étaient de se référer uniquement à la Bible, de contester le pouvoir et la richesse de l'Eglise et de rejeter l'idée de purgatoire et le culte des Saints. L'Eglise réagit aussitôt, excommunie P. Valdès et condamne ses disciples comme dissidents. Ceux-ci s'enfuient et trouvent refuge dans les vallées isolées des Alpes cottiennes, notamment dans les vallées sur le versant italien.* En 1532 ces Vaudois rallient la Réforme de Calvin -Ils parlaient français et Genève n'était pas loin- et à ce moment seulement ils acceptèrent le nom de Vaudois.

    Au XVIIe siècle une grande partie du Val Cluson se trouvait sous la domination française et, quand, en 1685, Louis XIV a révoqué l'Edit de Nantes et persécuté les protestants les Vaudois furent aussi concernés.

    En 1680, un pasteur huguenot, Henri Arnaud, venu d'Embrun pris en charge un pastorat vaudois et devint témoin des persécutions des vaudois dans la vallée. En 1698, il se rendit en Allemagne et pris contact entre autres avec le Duc Eberhard Ludwig de Wurttemberg.duc.jpg Celui-ci lui promit d'accueillir des réfugiés. Il avait bien besoin de nouveaux habitants pour son pays toujours dévasté par la guerre de 30 ans. Henri Arnaud partait bientôt avec un grand nombre d'hommes et de femmes. Ils traversaient les Alpes, se dirigeaient vers Genève d'où ils prenaient l'itinéraire des Huguenots du sud de la France. Après l'arrivée d'un premier groupe au Wurtemberg en 1699, le Duc leur a assigné des territoires à coloniser au nord de la Forêt Noire, dans le nord-ouest de son pays, et il leur a accordé certains privilèges, entre autres la gestion autonome de leurs colonies, la pratique de leur culte (calviniste dans un pays luthérien) et le maintien de leur langue. Les Vaudois ont alors cultivé les terres en friche, planté des pommes de terre, qu'ils ont ainsi fait connaître dans le pays. Ils ont fondé des villages auxquels ils donnaient des noms de leur ancien pays : Pérouse, Pinache, Serres, Villars, Bourcet. Ils parlaient le franco-provençal ( qu'ils appelaient patois), pratiquaient leur culte en français, avaient leurs pasteurs et leurs écoles. Pendant 120 ans ils formèrent une population à part, leur langue et leur culte empêchaient l'intégration.

    Cette situation a changé au début du XIXe siècle : En 1796 déjà, un rapport du pasteur de Neuhengstett (Bourcet) avait attiré l'attention du gouvernement. Le pasteur avait dénoncé un niveau de culture catastrophique, constaté que les gens ne parlaient bien ni l'allemand ni le français, et qu'à l'extérieur du village personne ne pouvait se comprendre. Des études ont confirmé le rapport, et par la suite, la gestion autonome du village a été annulée en 1806. En 1823, d'autres mesures ont suivi : Le roi Wilhelm I. de Wurttemberg (entre temps le duc était devenu roi) a convoqué un synode où il réunit les pasteurs vaudois et les dirigeant de l'église luthérienne. Ce synode a décidé l'interdiction de la langue française à l'église et à l'école, l'intégration de l'église vaudoise dans la luthérienne et l'abolition de la gestion autonome des villages .

    Au cours du XIXe siècle, les vaudois se sont assimilés à la société du Wurttemberg. Avec le culte luthérien (en allemand bien sûr) même l'intérieur des églises a été transformé. Les jeunes sont souvent partis dans les villes, se sont mariés avec des partenaires germanophones. Leur langue disparaissait et, à la fin du siècle, seules quelques personnes âgées la parlait encore. Pourtant des noms de familles persistent jusqu'à nos jours, on trouve toujours des Jordan, Ayasse, Soulier et d'autres.

     

    En1899, la commémoration des 200 ans de la fondation de la première colonie a marqué un tournant. Les descendants des colonisateurs vaudois ont redécouvert l'histoire et les traditions de leurs ancêtres dont ils admiraient la persistance de leur foi. L'identité vaudoise s'est renouvelée et en 1936 l'association des vaudois allemands a été créée. Elle a acheté la maison d'Henri Arnaud à Schönenberg où le centre de tous les Vaudois en Allemagne a été installé. Il existe toujours et on y trouve un musée, des archives et une bibliothèque concernant l'histoire et l'actualité des Vaudois.

     

    Christel Dürr

     

    *Les vallées vaudoises du Piémont sont trois vallées du nord-ouest de l'Italie qui doivent leur nom au fait que la plupart de leurs habitants étaient des fidèles de l'Église évangélique vaudoise.

  • Hommage à René de Obaldia (1918-2022)

    rené de obaldia.jpg

    Début février disparaissait René de Obaldia, à l'âge de 103 ans (!), membre de l'Académie française, ancien diplomate. Son nom ne vous dit peut-être rien et pourtant il fut un des écrivains français les plus talentueux du XXe siècle. Alors, en ces temps troubles où l'on encense dans les médias des personnalité médiocres, voire douteuses, et où l'on porte au pinacle des écrivains de seconde zone, rendons hommage à ce virtuose de la langue française, qui fut romancier (« Tamerlan des coeurs », « Le Centenaire ») auteur dramatique (« Genousie », « Du vent dans les branches de Sassafras ») poète (« Les richesses naturelles »). Mais ce que nous retiendrons ici, c'est son recueil de poèmes « Innocentines » (1968) avec son sous-titre « poèmes pour enfants et quelques adultes », qui annonce bien la couleur : Ce sont des poèmes aisés à lire et à comprendre, écrits dans un esprit malicieux, espiègles, voire légèrement coquin, qui plairont à tous ceux qui ont gardé en eux leur enfance. Parmi tous ces poèmes citons particulièrement : (mais tout se déguste)

    -Vespasien

    -Petronille

    -Depuis le temps qu'il y a des guerres

    -J'ai trempé mon doigt dans la confiture

    -En ce temps là

    -Julot-Mandibule

    -Le zizi perpétuel (un must absolu)

    -La soucoupe volante

    -Le plus beau vers de la langue française (autre must)

     

    En prime, en fin de volume, une petite pièce de théâtre qui vous tirera des larmes de rire ( un népenthès de tout premier ordre!) « Alligators et Kangourous »

     

    Oui : Que vive Obaldia

     

    Gilbert Verdier

     

    Pour faire plaisir à Gilbert "ruedespuces" vous offre en exclusivité :

    Le zizi perpétuel

    Mon petit frère a un zizi
    Mais moi, Zaza,
    Je n’en ai pas.

    Mon petit frère a un zizi
    Toujours placé au bon endroit
    Mais moi, Zaza,
    Je n’en ai pas.
    Pourquoi ?

    Il me le montre sans répit
    Pour me donner du dépit
    Pour se donner un air gaulois
    Pour m’enfoncer dans l’désarroi !

    Il me le sort en catimini’
    En tapis rouge en tapinois’
    Et me le fait toucher du doigt :
    C’est assez doux
    Comme caoutchouc
    Mais y’a pas de quoi
    Perdre la foi.

    Et moi, et moi, moi je me dis
    Pourquoi mon frère a un zizi
    Dans quel tiroir se font les lois ?
    Le jour et la nuit
    Son zizi le suit
    Toujours placé au bon endroit.

    Et moi, Zaza, dans les draps blancs
    J’ai beau me tâter
    Me tâter souvent
    À la place où ç’aurait dû été
    Que du vent ! Que du vent !

    « Tu verras Zaza
    Avec mon zizi
    Un jour je serai le Roi »
    Qu’il dit
    Tout en lui collant tout autour du sparadrap.

    À la fin c’est énervant
    De manquer obstinément
    De cette sorte d’émolument.

    Si j’ai le regard zoulou
    Si j’ai le nombril sournois
    Si je fais des coups en d’ssous
    Si je pousse de guingois
    Si je ne fais pas mon poids
    Faut pas demander pourquoi !

    Mais pourquoi ?
    Pourquoi ?

    (René de Obaldia)

  • Conseil de révision et tourisme

    Apparemment il n’y a pas de rapport entre un conseil de révision et le tourisme. Nous pourrions entrevoir, dans une époque lointaine, la possibilité de voyage d’un futur conscrit de son village au chef-lieu de canton puisque c’est là que siégeait chaque année cette institution militaire. Déplacement exceptionnel pour certains puisque l’on apprend dans des comptes rendus que certains jeunes gens n’avaient jamais quitté leur village avant de se rendre à cette réunion.

     

    Ce conseil que l’on qualifie suivant les époques de revision ou de révision (l’accent aurait divisé les académiciens et hommes de lettres) prend ses racines dans la loi dite Jourdan votée le 5 septembre 1798. Elle rendait le service militaire obligatoire. Après plusieurs modifications la circonscription et le conseil de révision institué en 1805 puis remplacé par les « 3 jours » en 1997, sont définitivement supprimés en 2001. Certains ont considéré que la circonscription était, à une certaine époque, une fête pour les conscrits ? C’était surtout une fête gastronomique pour les membres du conseil qui se retrouvaient autour d’une table bien garnie… « On demeure longtemps à table. La succession des plats qui défilent devant nous nous oblige à faire trêve à nos habitudes, et c'est avec grand plaisir, ma foi, que nous savourons les vins fins et toutes les bonnes choses qui nous sont offertes d'une façon si cordiale et si gracieuse. Mais, tout a une fin ici-bas, et il faut bien, bon gré, mal gré, quitter nos hôtes, car voici l'heure de la séance, dans quelques minutes, et il faut nous rendre à la mairie » (extrait de l’ouvrage décrit ci-dessous).

     

    Et la relation avec le tourisme ?

     

    Voici un cas sûrement unique relatif à une tournée du conseil de revision en 1891 dans la Nièvre. Il a fait l’objet d’une publication  « Tournée du conseil de revision en 1891 », sans nom d’auteur. La préface précise que les membres de ce conseil ont été invités à noter leurs impressions et informations sur les cantons où ils avaient siégé, comme ont pu le faire les voyageurs d’antan. Entre deux conseils, ils avaient le temps de faire des visites… « Nous avons donc réuni les renseignements qu'il nous a été possible de recueillir sur place ; nous avons compulsé dans les archives de la Préfecture et dans le Nivernais (1840), assemblé et réuni dans ce volume les documents de nature à nous édifier sur les ruines, châteaux, monuments, églises, faits de guerre, ainsi que sur les légendes et histoires marquant bien la couleur des contrées traversées et, d'une manière générale, tout ce qui intéresse le touriste ».

     

    Quelques extraits :

     

    Mercredi 15 avril 1891. « La séance n'est qu'à une heure et demie. Profitons de notre matinée pour visiter l'église de Notre-Dame-du-Pré et le prieuré de Donzy-le-Pré, en ruines. C'est une œuvre du douzième siècle. Le portail est de style byzantin, les nefs, qui subsistent en partie, ont l'ogive romane; la partie supérieure du clocher qui, du reste, n'est plus entier, date du treizième siècle. Voici l'heure du déjeuner. Entrons à l'hôtel de la Charrue, près de la mairie et de la maison d'école. Cette course matinale a stimulé notre appétit, et ce n'est pas sans besoin que nous consommons un plantureux repas. »

    Mardi 14 avril 1891. « On ne dort guère dans les hôtels [de ce village], surtout le matin. Le bruit des omnibus qui vont à la gare et qui en reviennent, les voyageurs qui se font réveiller de bon matin, tout cela fait un vacarme à mettre sur pied le meilleur dormeur ».

    Jeudi 16 avril 1891. « Pouilly est renommé par le fumet de son vin sec et pétillant. Le matin avant d'aller travailler dans les vignes, les vignerons tuent le ver, en absorbant une certaine quantité de vin blanc pur. »

    Jeudi 4 juin. 1891. « Le lac des Sottons est très poissonneux ; il renferme en quantité considérable des brochets, des carpes, des truites, des Fera, poissons blancs importés du lac de Genève. Les grandes pèches se font tous les deux ans, à l'époque des chaleurs. »

     

    En lisant l’ouvrage on peut suivre avec précision le voyage, en temps et en heure, des membres du conseil et savoir quels moyens de transport ils ont utilisés. Aussi bien qu’avec un vrai guide touristique !

     

    Parmi les conscrits de la classe 32 de St-Martin (photo), combien étaient-ils à avoir fait du tourisme en dehors du canton ?

    1932-la-classe-st-martin_070.jpg

     

     

    JC

     

    Notes : 

     

    Tournée du conseil de revision en 1891, Impr. Nivernaise (Nevers), 1891, Gallica.

    Le Nivernais, au début journal politique et littéraire avec une première parution le 14 décembre 1871. A probablement existé jusqu’en 1965 comme journal indépendant en prenant un moment l’adjectif « populaire ». AD de la Nièvre.


    Gravure tirée de  « En Tournée de révision, conte humoristique »  de Carlochristi publié en 1902. Gallica.

    conseil-revision-avant.jpg

    Jean-Claude Ribeyre