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ruedespuces - Page 178

  • Les loisirs et les distractions d'avant la télévision et internet (1950-1965)

    Les plus jeunes ne s'en doutent peut-être pas et les autres l'ont parfois oublié, mais il fut une époque où tous les écrans que nous connaissons aujourd'hui n'existaient pas: point d'ordinateurs, de smartphones, de tablettes, ni même de téléviseurs ! Mais alors, direz-vous, comment faisait-on pour se distraire, s'informer, passer son temps libre ? Eh bien, tout simplement, on faisait autre chose! Ce n'est qu'au cours des années soixante que la télévision s'est généralisée; quant aux autres divers écrans, ils ne remontent qu'à une vingtaine ou trentaine d'années. Retour donc sur les années cinquante, « avant la télé »: quels étaient donc les loisirs des habitants des campagnes boutiérotes en général et de Saint Martin en particulier ?

    La différence essentielle des loisirs d'alors avec ceux d'aujourd'hui semble être la proximité : faute de moyens de transport (peu de voitures), de moyens de communication (même s'ils n'étaient pas inexistants), les gens devaient se satisfaire de ce qu'ils avaient sous la main , près de chez eux, voire à domicile.

    Bien sûr, la lecture était déjà pratiquée (même si lire n'était pas encore acquis par tout le monde): la bibliothèque paroissiale (devenue aujourd'hui «  bibliothèque populaire » ) fournissait romans divers et ouvrages pour enfants. Et journaux, revues ne manquaient pas . 

     Une activité fort prisée alors était la « veillée » entre voisins et amis, où l'on palabrait, on jouait aux cartes, jeu de cartes.jpgà divers jeux de société, tout en prenant le temps de se restaurer et de boire quelques verres. Les boules, bien sûr, avaient de nombreux adeptes: beaucoup de cafés avaient alors leur propre jeu attenant (dans le bourg, mais aussi à Crezenoux, Champchiroux, Le Plancher...), où les amateurs venaient le week-end. Les concours se déroulaient au « Patronage » et sur la place et attiraient de nombreux spectateurs; il faut noter d'ailleurs qu'à l'époque, le jeu le plus pratiqué n'était pas la pétanque, mais la «  lyonnaise ».

     Etaient également fréquentes les réjouissances autour de la «  tuade » du cochon, surtout dans les fermes. pecheur.jpgLa pêche comme loisir tenait alors une place importante dans la vie des habitants (les rivières étaient beaucoup plus poissonneuses qu'à présent: truites, goujons, vairons, ablettes et même écrevisses abondaient, pour le plus grand plaisir des adultes mais aussi des enfants!). Le football était déjà très prisé, mais c'était les tournois locaux qui tenaient la vedette (notamment des derbys Le Cheylard-Saint Martin épiques). Les matches se déroulaient alors au « Pré rond », au bord de l'Eysse, en face de l'usine textile Laurent, auxquels le public venait très nombreux (bien plus qu'aujourd'hui) et certains spectateurs, plus ou moins excités par quelques verres de trop, n'hésitaient pas à s'en prendre à l'arbitre, voire à faire le coup de poing!

    Faute de télévision, on écoutait la radio sur de gros postes installés dans la cuisine ou la salle à manger : c'était l'époque des feuilletons radiophoniques (« La famille Duraton »), des « chansonniers » qui égratignaient gentiment les hommes politiques, des jeux (le « jeu des mille francs »!). La radio servait également à suivre certains événements en direct (discours d'hommes politiques) : football bien sûr, mais aussi le Tour de France cycliste (exploits de Coppi, Bobet, louison bobet.jpgKubler...). Une innovation importante fut la généralisation du poste à transistor à partir de 1960, que l'on pouvait emporter avec soi à la plage, en vacances (toutefois, ce n'était pas encore la miniaturisation que l'on a connue par la suite!). Il est incontestable que le «  transistor », grâce à son prix modique et sa facilité d'emploi a joué un rôle important dans la diffusion du phénomène « yéyé » au début des années soixante: l'émission sur Europe 1 « Salut les copains » était très suivie par les ados à l'époque. transistor.jpgCe n'est qu'après 1960 que la TV s'est massivement diffusée, et ceux qui l'avaient invitaient souvent ceux qui n'en étaient pas encore pourvus à passer la soirée avec eux .  Mais il n'y avait alors qu'une seule chaîne en noir et blanc et elle n'émettait que quelques heures par jour, à midi et surtout le soir après 20 h, jusque vers 23 h . Néanmoins, certaines émissions ont fait les beaux soirs des téléspectateurs (Ah ! « La piste aux étoiles »!).

     Quant aux voyages, ils n'avaient pas l'importance qu'ils ont aujourd'hui dans les loisirs: on partait moins souvent, moins longtemps , les véhicules automobiles étant rares et les congés payés plus réduits. Néanmoins, nombreux sont les Ardéchois (et les Saint martinois, donc) à avoir vu la mer pour la première fois à cette époque au Grau-du-Roi... le grau du roi.jpgEt les colonies de vacances étaient une façon pour les classes populaires d'offrir des vacances à leurs enfants.                                                        Et pour les jeunes gens, le vélo et la « mob » suppléaient le  manque d'automobiles: pour eux, existaient les bals où ils pouvaient se rencontrer. D'ailleurs, pour les adeptes de la musique, il faut savoir qu'à cette période, fonctionnaient deux fanfares concurrentes à Saint Martin: « L'indépendante », d'obédience catholique, et « L'écho », liée à l'école laïque. Elles disparurent toutes les deux vers la fin des années cinquante, faute d'effectif suffisant, malgré une tentative de rapprochement. Un groupe de jazz était également actif sur la commune (il n'y avait pas que Saint Germain des Prés !). Et n'oublions pas les « chanteurs de mai », qui, dans la nuit précédant le premier mai, allaient de par les rues et les hameaux offrir l'aubade aux habitants, récoltant au passage quelque casse-croûte et boisson revigorante: pratique festive qui a disparu de nos jours... 

     Et si la télévision était encore peu répandue, où voyait-on les films, direz-vous? Ben tout simplement , on allait au cinéma ! Car il existait des cinémas dans les villages les plus importants, et il y en avait précisément un à Saint Martin (au « Patronage »): oui, oui ! Il a fermé ses portes après 1965, mais la salle existe toujours.* Et donc, tous les week-ends, grâce à des bénévoles, c'était un nouveau film avec plusieurs séances, notamment le samedi soir et le dimanche après-midi, avec un public fort nombreux. Certes, le confort était plutôt spartiate et la sécurité d'alors ferait peut-être hurler au meurtre prémédité aujourd'hui, mais qu'importe! La joie de voir « en grand «  un film l'emportait sur tout. Il faut remarquer que le film était précédé d'un court métrage et des actualités ( datant parfois de six mois ou d'un an, voire plus!): une vraie séance de cinéma, quoi! (1). De plus, il existait alors deux autres cinémas au Cheylard: le « Foyer » aujourd'hui fermé et le « Vox » qui fonctionne toujours mais qui s'est légèrement déplacé , qui étaient aussi fréquentés parfois par les Saint martinois.

    Parfois, c'était de l'extérieur que venait le divertissement. A certaines périodes de l'année (vacances de Pâques, par exemple) la fête foraine s'installait sur la place (manèges pour enfants, autos tamponneuses...)

    fete foraine.jpg

    événement qui a disparu depuis à Saint Martin mais qui survit dans d'autres localités. D'autres fois encore, c'était « Guignol » qui s'invitait, pour le plus grand plaisir des petits (et parfois des plus grands..). Mais la distraction importante, notamment aux beaux jours, était la venue de cirques sur la place (ce n'était pas encore un parking), attendus avec excitation par les enfants: l'installation du chapiteau, la ménagerie ( les défenseurs de la cause animale d'aujourd'hui seraient devenus fous s'ils avaient été là !) avec les fauves, les dromadaires, les singes, parfois un hippopotame ! Avaient quelquefois plus d'intérêt que le spectacle lui-même. Et n'allez pas croire que c'étaient de petits cirques ! Certains occupaient la totalité de la place, avec leurs camions et caravanes colorés. 

     Régulièrement aussi passaient des funambules, dont le célèbre « Diable rouge » avec sa moto se déplaçant sur un câble tendu au-dessus d'un vallon.

    Et pour ne pas oublier les pratiques locales, citons le feu d'artifice du 14 juillet, alors tiré sur la place, tout comme au 15 août avec en prime, ce jour-là, l'illumination des maisons -avec des bougies-, pratique qui a quasiment disparu à l'heure actuelle.

    feu d'artifice.jpg

    Tels étaient, évoqués dans leur grandes lignes, les principaux loisirs et divertissements qui s'offraient aux Saint-Martinois des années 50 et du début des années 60.Sans doute y en avait-il d'autres et ceux qui s'en souviennent seront les bienvenus s'ils pouvaient s'exprimer là-dessus. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que le  Saint-Martin d'alors n'était pas dénué d'animations , même si certaines peuvent paraître désuètes : mais qui peut dire que nous n'y reviendrons pas un jour ?

    * Voir article "Cinéma le foyer" dans le n°24

     Gilbert  Verdier ( avec l'aimable et précieux concours de Pierre Moulin)

    (1) L'auteur de ces lignes se rappelle notamment y avoir vu le célèbre péplum de William Wyler « Ben Hur » (sorti en 1959).

  • On a sauvé NOEL

    Tous les journaux le clament : l’exécutif sauve Noël, ouf !!!! mais là je ne comprends plus, on nous bassine avec la laïcité, et on sauve Noël, la plus grande fête chrétienne…. qu’est-ce qui cloche ? 

    Des regroupements familiaux sont inévitables, aux infos certaines personnes interrogées parlent d’une soirée avec une vingtaine de convives, « on fera attention » disent-elles…. Quand le préfet de Savoie impose le port du masque au beau milieu de nulle part en montagne, on va laisser le Père Noël risquer d’attraper la Covid-19 dans des foyers contaminés. Et que ferons-nous l’année prochaine si le Père Noël meurt, parce qu’après tout, il est vieux, même très très vieux, il est gros, même très très gros, sûrement diabétique, c’est indubitablement une personne à risques, même à gros gros risques. Mais qui y pense ? qui se soucie de sa santé ? J’imagine les titres dans quelques jours : on a sauvé Noël, mais hélas pas le Père Noël , on l’a retrouvé mort, accroché dans un arbre, il aura tenté de faire son travail jusqu’au bout, avec passion ; des vérifications ont été faites pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un imposteur, mais la triste réalité est là : c’est bien le Père Noël, et il est bien mort. Consternation internationale. 

    Il va falloir contacter Brigitte Bardot pour qu’elle prenne les rennes en charge, quelle tristesse, surtout que Brigitte n’est pas de toute jeunesse, il faudra peut-être que les rennes changent encore de famille d’accueil dans peu de temps, un vrai drame . Et les lutins ?  les pauvres petits, ils seront mis au chômage technique,  à moins que de bonnes âmes se proposent rapidement pour leur offrir un CDD, voire un CDI si un nouveau Père Noël offrait ses services. Mais c’est un job très difficile, archi difficile, là pas question de 35 heures, ni de congés payés, ni de congés tout court d’ailleurs, encore moins de retraite ! les candidats ne vont pas se bousculer

    Donc, l’année prochaine, nous aurons un gros problème, même un très très gros problème… Qu'allons-nous dire aux petits enfants sages qui attendront leur dernière Playstation, aux mamans qui attendront le dernier Thermomix, aux papas qui attendront le dernier rasoir, aux papis et mamies qui n’attendront rien car ils auront chopé la Covid-19 l’an passé ? Comment expliquer aux petits enfants que le Père Noël est mort  (Papi et Mamie aussi) parce que, l’année dernière, nous nous sommes comportés comme des andouilles égoïstes ? 

    Mais bon…allez, pour cette année, on en profite, on fera attention, promis

    Hélène Duchamp

  • Apocalypse now

    Tout a commencé samedi en fin de matinée. Je sortais de chez moi pour aller faire quelques  courses, caddie à la traîne. A peine avais-je franchi le portillon de la cour de l’immeuble, que je  tombais sur un, deux, trois, dix camions de police, garés le long du trottoir, puis de gendarmerie  et de CRS de l’autre côté de la place. J’appris par un quidam qu’une manifestation devait se  dérouler en début d'après-midi, et passait devant chez moi. 

    Je n’avais jamais vu de près des forces de sécurité avant une « mission de protection ». C’est  impressionnant. Les trottoirs étaient envahis d’une foule dense et noire, noire comme les tenues  vestimentaires, rangers, protèges-tibias, gilets renforcés, casques, boucliers et toute la panoplie  d’armes défensives urbaines. 

    Ces policiers étaient réunis par grappes de cinq ou six, aux portes des camions, discutant,  blaguant ou, le plus souvent, l’oreille collée à leur portable. Certains se sustentaient, sortant du  supermarché, qui avec un paquet de biscuits, qui avec un sandwich, cet autre d’une boulangerie  avec un pain au chocolat…  

    J’espère, pensai-je, qu’ils ont pris un solide petit-déjeuner ce matin ! Une crise d’hypoglycémie en  plein cœur d’une manifestation n’est pas très recommandée. 

    Ils ont des statures de chippendales ! A n’en pas douter, le casting doit être féroce ! Le niveau de  testostérone est à son comble !  

    Quoique, au milieu d’un groupe, j’aperçus une silhouette plus petite que les autres, avec une  queue de cheval qui sortait d’un casque. Mais oui ! c’est une femme ! estampillée  « gendarmerie ». Je ne savais pas que les femmes pouvaient aller au contact. 

    Sur le chemin du retour, la tension était montée d’un cran. Les rues avaient été barrées, c’était un  concert de klaxons et de manœuvres hasardeuses pour s’échapper du bourbier. Au milieu du  carrefour, deux ou trois policiers tentaient de réguler la circulation quand l’un d’entre eux  s’écria :  "Où sont les ordres ?"  

    Stupeur ! Il me semble que ce genre de décision devrait être prise avant l’action et pas pendant !  Mais où sont les responsables? 

    Et puis soudain, une voix, un signal se fit entendre, ils ajustèrent leurs casques, attrapèrent leurs  boucliers et descendirent en courant vers le bas de la place.  

    Moi, j’enfonçai mon bonnet de laine sur la tête, agrippai mon caddie et fis de même. 

    Ils s’étaient formés en haies infranchissables. Je traversai la place. Il restait trente centimètres de  trottoir disponible, le long de la pharmacie. Je les longeai, les frôlai. Je n’étais pas rassurée. Je  remontai à toute vitesse la rue Saint Fargeau… bruits de galopades derrière moi… enfin le  portail… je tapai fébrilement le digicode et me retrouvai dans la cour… Ouf !  Mon regard se porta sur la botte de poireaux qui dépassait de mon charriot… dérisoire… Mais  c’est quand même du bio !!! 

    Vers 14h30. La manifestation avait démarré depuis moins d’une demi heure, à huit cents mètres  de là, lorsque j’entendis le bruit sourd et sec d’une détonation qui claque, suivie d’une deuxième,  puis d’une troisième…  

    C’était déjà l’affrontement à coups de grenades lacrymogènes. Les black blocs avaient infiltré le  début de la manif et avaient commencé à casser et à vandaliser. 

    Au rez-de-chaussée de mon immeuble, ils mirent à sac une agence bancaire. Après avoir brisé les  vitres, méthodiquement, calmement, une deuxième ligne de casseurs jeta le contenu des bureaux  sur le trottoir, meubles, chaises, téléphones, papiers, enseignes lumineuses et fils électriques  arrachés, et une troisième incendia le tout. Les flammes s’élevèrent, léchèrent les troncs d’arbres  et partirent en direction de la façade. 

    Ils prirent des photos des documents au sol, peut-être des numéros de compte bancaires et des  noms… Cris, hurlements, chants, slogans s’entremêlaient. Les pompiers finiront par arriver alors  qu’il n’y avait plus rien à brûler… 

    La manifestation n’est jamais arrivée place de la République. Les casseurs ont été contenus dans  une bande de cinq cents mètres autour de chez moi, où ils ont tout détruit, non seulement ce qui  est le symbole pour eux du capitalisme, à savoir les agences bancaires, les agences immobilières,  les grandes enseignes de distribution, mais aussi les vitrines des petits commerçants. Ils ont  brulé, dans ce quartier modeste, de nombreux véhicules, dont le camion réfrigéré du petit légumier du coin de la place… Une longue colonne de fumée noire s’était élevée dans le ciel et  avait assombri le jour déjà déclinant… 

    Dimanche matin, comme beaucoup de riverains, je suis allée constater les dégâts. Carcasses de  voitures calcinées qui dégageaient une odeur encore âcre. Le théâtre en travaux avait vu son  chantier saccagé et pillé, bris de verre partout, magasins éventrés… 

    Le pire, c’est qu’il n’y a pas de pourquoi, pas de sens, pas d’objectif.  

    J’ai relevé deux slogans écrits sur les murs, qui résument le dénuement intellectuel de ces  individus : « En bande organisée, personne peut nous canaliser » et « On nike tout ». 

    Cela fait deux ans que, tous les samedis, à Paris, ces destructeurs sévissent, défigurant les uns  après les autres les quartiers de la capitale. Samedi prochain, ils recommenceront… Ailleurs… Et  comme on est dans une démocratie, même si certains en doute, les préfectures continueront de  donner des autorisations de manifester.

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    Evelyne Chomarat