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ruedespuces - Page 153

  • Douglas et coupes rases

    Dans le dernier numéro de ruedespuces, Christiane Behnke a déploré la destruction du paysage par les coupes rases. Les bois de douglas qui nous entourent ont souvent été plantés dans les années 60 ou 70 avec des subventions de l'état. Ces arbres sont arrivés à un stade où leur exploitation est rentable d'autant plus que ces dernières années, la demande est grande.

    Depuis les années 50 le douglas a envahi la plupart des forêts françaises. Cet arbre pousse vite et a un bois résistant, il est souvent cultivé de la même façon que dans l'agriculture : On plante, on laisse pousser le moins longtemps possible et on récolte. C'est la raison pour laquelle le douglas a tendance à remplacer les autres essences.

    Dans un soucis de rentabilité, il est évidemment plus intéressant de pratiquer des coupes rases avec du gros matériel adapté à cette exploitation, même dans nos contrés où les pentes abruptes sont un problème d'accessibilité.

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    Ces coupes rases sont pratiquées aussi bien dans les forêts gérées par l'ONF que dans les forêts privées. La gestion dans les forêts privées est en général confiée à des coopératives forestières qui ont acquis ces dernières années une situation de monopole sur l'ensemble de la filière bois : production de plans, conseil et conduite des travaux, commercialisation. Ces coopératives ont donc un grand intérêt à préconiser des coupes rases afin de mieux vendre ensuite des travaux de plantation. D'ailleurs, on peut constater dans la coupe rase décrite dans l'article du mois de mai « Joies et peines d'une randonneuse » qu'au milieu du champ de bataille laissé sur place, des résineux (certainement des douglas) ont été plantés.

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    L'article L124-6 fixe une obligation de reconstitution du peuplement au plus tard 5 ans après la coupe rase.

    On peut déplorer qu'à des fins de rentabilité les anciennes forêts soient remplacées petit à petit par une invasion du douglas. La particularité des résineux est par ailleurs d'appauvrir la fertilité du sol, les aiguilles de pin se décomposent très lentement, elles mettent en moyenne sept ans pour disparaître et donnent un humus acide qui entraîne un appauvrissement en chaîne de tout le milieu, moins de verres de terre et moins de bactéries. Le sol se stérilise peu à peu. On peut ainsi observer que dans les forêts de douglas les insectes et les oiseaux sont absents.

    On soupçonne également les résineux, par l'acidité qu'ils provoquent d'être responsables de la détérioration de la qualité des eaux potables, surtout lorsque les captages sont à proximité de ces forêts. La disparition des poissons dans nos rivières est aussi parfois attribuée à cette acidité., bien que le recul manque pour désigner le douglas comme seul responsable.

    Dans l'imaginaire collectif, planter un arbre est associé à une bonne gestion forestière, en réalité, dans une forêt bien gérée, pas besoin de planter des arbres. Le fait de couper les plus grands arbres arrivés à maturité, ouvre un puits de lumière qui permet aux jeunes pousses du sous bois de prendre le relais.

    Les coupes rases, pratiquées, surtout les dernières années, ne contribuent pas seulement à la détérioration de nos beaux paysages, mais sont aussi la cause de la perte de la biodiversité. Ceci est le prix à payer dans une société moderne où la rentabilité est un facteur déterminant de l'économie.

    François Champelovier

  • Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? ...

    Réflexion sur la question écologique

    Dans les circonstances inédites que nous traversons, le quotidien de chacun se trouve profondément bouleversé. 

    Nos activités ont été fortement perturbées. Notre liberté de mouvement est contrainte, l’anxiété individuelle et collective s’accroit, chacun se demande de quoi demain sera fait.

    On a souvent entendu – à chaque crise -, que les choses ne seraient plus jamais comme avant et on a vu aussi, souvent et comme fatalement, que bien peu de changements advenaient. 

    Voici quelques réflexions devant cette pandémie qui frappe le monde en essayant de comprendre les circonstances que nous traversons et d’essayer de reconnaître et d’explorer les passages éventuels vers un monde qui serait celui de l’ "Après".



    1. Constats

    NOUS SOMMES DEVANT LE PLUS GRAND DÉFI DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ.

    Nous faisons face à une situation sans précédent. L’avenir est en danger. Aucune espèce vivante ne s’était encore comportée comme les humains dans toute l’histoire de la Terre. (Aurélien BARRAU)



    La dernière prévision des Nations Unies sur l’évolution de la population mondiale d’ici la fin du siècle s’élève, en hypothèse moyenne, à 11 milliards d’individus.

    Supposons qu’on retienne l’hypothèse moyenne comme crédible. Passer de 7, 3 milliards à 11 dans l’espace d’une vie humaine constitue un véritable défi pour la planète, d’autant plus difficile à relever que de nombreuses ressources non renouvelables sont en voie d’épuisement. Mais cette approche globale cache un défi beaucoup plus sérieux encore : la croissance n’interviendra que dans une partie seulement du monde.

    Il est difficile d’imaginer que les pays dont la population va ainsi augmenter puissent simultanément résoudre leurs problèmes actuels et faire face à l’explosion démographique et urbaine qui les attend.

    Mouvements sociaux : Amérique latine, Asie, Europe, Moyen-Orient. Les dernières années ont vu la multiplication dans le monde de puissants mouvements de contestation citoyens en cours de développement. Une vague qui vient clore une décennie entamée avec le processus révolutionnaire tunisien, point de départ d’une véritable onde de choc politique qui va atteindre nombre de pays des mondes arabes à partir de 2011 lorsque, dans le même temps, d’autres mouvements socio-politiques contestataires se propageaient en Europe (mouvement des Indignés en Espagne, multiples luttes sociales en Grèce, « Gilets jaunes » en France, etc.) et dans les Amériques 

    Cette nouvelle vague exprime la dénonciation et le rejet de plusieurs phénomènes récurrents, pour certains aggravés depuis le début de la dernière décennie, dont elle souligne par ailleurs les articulations : vie chère, inégalités sociales, politiques d’austérité qui rendent onéreux l’accès à des services publics de base détériorés, corruption endémique, accaparement des institutions par un personnel politique au service de minorités qui défendent leurs privilèges, logiques confessionnelles (Moyen-Orient) et clientélistes de distribution des pouvoirs et des richesses qui renforcent les dynamiques de dépossession.

    Ces mobilisations montrent qu’un volcan bouillonne sous nos pieds. 

    Mouvement écologique :

     L’écologie en tant que mouvement social a émergé il y a une cinquantaine d’années en Europe. Aujourd’hui, les mobilisations et les modes d’engagement ne cessent de se renouveler en faveur de l’écologie. 

    Si ce terme ne constitue pas, à proprement parler, un concept pour la sociologie, il n’en demeure pas moins que la notion à la fois systémique, dynamique et empirique pourrait permettre de dépasser les clivages entre les différentes perspectives traitant des mouvements sociaux dans la littérature sociologique. 

    En effet, la diversité de leurs revendications éclaire les modalités contemporaines de l’engagement (individuel et collectif) dans et pour l’écologie.



    • Protection de l’environnement, promotion des “communs”, critique de la gestion de l’argent public, mais aussi remise en question de l’État centralisateur et autoritaire, rejet du capitalisme… 

    • La variété des trajectoires politiques individuelles et communes dans ces luttes militantes, 

    • La multiplicité des formes d’engagement et des formes de mobilisation (des forums mondiaux aux manifestations nationales et aux résistances quotidiennes), 

    • L’articulation des échelles d’action peuvent être abordées tant à travers les prismes des conflits de classe qu’à partir des théories de l’émancipation. 

    • L’approche en termes de processus de " réforme de soi ", 

    L’activisme écologiste tend à se radicaliser. Nombreux sont les militants qui se regroupent autour du concept de décroissance, qu’ils préfèrent à celui de développement durable. C’est l’idée même de développement avec sa tonalité progressiste qu’ils récusent.

    La croissance rencontrerait sous nos yeux " les limites de la planète ". La décroissance serait un fait. Catastrophes écologiques, épuisement des ressources naturelles et bombe démographique en apporteraient la preuve.



    1. Réflexions



     Plusieurs mouvements sociaux ont rythmé l'année des Gilets Jaunes à la réforme des retraites, en passant par les marches pour le climat, les mouvements de colère dans les hôpitaux ou les manifestations contre la politique du gouvernement et la réforme du statut des fonctionnaires.

    La crise du coronavirus appelle à anticiper davantage les risques à venir, et notamment climatiques. Revoir au plus vite notre modèle de développement est nécessaire pour éviter le pire, sur un plan écologique, mais aussi démocratique.

    Les hypothèses de moindre croissance reposent sur une baisse du taux de fécondité qui s’accélèrerait et sur l’éventualité d’un taux de mortalité qui régresserait moins vite que dans la période récente. Certes, des pandémies et des épidémies, comme celle du sida, du coronavirus ou des conflits pourraient avoir un coût démographique important. Mais des événements aussi catastrophiques que la grippe espagnole (50 millions de morts) et les deux guerres mondiales (respectivement 20 et 60 millions de morts) ne feraient perdre en fin de compte que quelques années de croissance.

    Traditionnellement, les enjeux du développement durable sont répartis en trois catégories. Il y a l’économie, l’environnement, et la société. On dit alors qu’un développement durable est une manière de vivre qui nous permette de concilier à la fois des objectifs de performance économique, des ambitions de protection et de préservation de l’environnement et un développement social commun positif.

    Si cette vision a permis pendant de nombreuses années de penser l’évolution de nos sociétés de façon un peu plus durable, il semble qu’elle ne permette plus aujourd’hui de rendre compte de façon précise et pertinente des enjeux de développement durable auxquels font face les sociétés modernes. Au fur et à mesure que nos connaissances du monde se développent, nous avons pris conscience que ces trois dimensions (économiques, sociales et environnementales) étaient en fait imbriquées en permanence, toujours en interrelation complexe. Ainsi, on sait aujourd’hui que la protection de la planète n’est pas distincte de notre équilibre économique : la performance de nos entreprises et leur capacité à assurer nos besoins dépend directement de notre capacité à préserver les ressources et les écosystèmes. De la même façon, notre environnement influence des aspects sociaux de nos vies, comme la santé, les inégalités ou l’exclusion. La séparation entre l’économique, l’environnemental et le social semble aujourd’hui perdre de son sens.

     Alors, comment comprendre les enjeux du développement durable en allant un peu plus loin que cette typologie ?



    1. Que pourrions-nous faire ?



    La crise sanitaire que nous venons de vivre avec ce coronavirus démontre l’ampleur des transformations que nous allons devoir engager pour faire face au réchauffement climatique. Il faut éviter une relance à l’ancienne qui accroîtrait encore les émissions de CO 2 au détriment du climat, de la justice sociale et de la santé.

    Nous avons vécu comme un passage de cap pour l’humanité confrontée à sa vulnérabilité et à ses limites. Si l’heure est aujourd’hui à l’unité, il va falloir après réfléchir à l’absurdité d’une globalisation effrénée qui a fait de la circulation à flux tendu des biens un dogme. Il faut aller vers une forme de relocalisation qui ne se confond ni avec le protectionnisme ni avec le nationalisme. Nous avons reçu une forme d’ultimatum de la nature. 

    Saurons-nous l’entendre ? 

    Les mots – croissance, concurrence, compétitivité, mondialisation, globalisation, ne font plus envie.

    Peut-être faudrait-il les remplacer par entraide, relocalisation, consommer moins et répartir mieux.

    Peut-on rêver d’une nouvelle société d’entraide et d’auto-organisation, basée sur l’autonomie alimentaire à l’échelon local…

    Aujourd’hui, partout dans le monde, les sociétés sont face à un défi de taille : repenser leur modèle afin de construire les bases d’un avenir plus durable, plus positif, plus juste. Le développement durable est au cœur des réflexions, dans tous les domaines. On essaie de produire des énergies plus propres, plus respectueuses de l’environnement, de penser des moyens de se déplacer plus efficients mais qui détruisent moins la planète et soient plus accessibles à tous. On tente de définir de nouveaux modèles économiques, avec une répartition plus juste des richesses, de prévenir et de lutter contre l’exclusion, la pauvreté, le mal-être. On innove, on invente, des technologies ou des façons de vivre ensemble qui remettent en cause nos conceptions habituelles du quotidien, du travail des loisirs. Bref, les sociétés sont en train de se réinventer, ou en tout cas, elles sont contraintes de le faire face aux menaces que représentent la crise écologique, le changement climatique ou encore les transformations des aspirations citoyennes et démocratiques.

    Tous ces défis font partie de ce que l’on pourrait appeler les enjeux du développement durable. Les comprendre, les analyser, les étudier, c’est se donner les moyens de trouver des solutions et des aménagements pour construire un monde plus durable, plus juste, plus sain. Quels sont ces enjeux ? Quels en sont les tenants et les aboutissants ? Comment comprendre leur complexité, les phénomènes qu’ils recouvrent ?

    Une liste des enjeux et de réflexions du développement durable pourrait être détaillée.

    Parmi ces enjeux, voici sans doute les plus importants :

    • Changements climatiques et atmosphériques

    • Biodiversité et écosystèmes

    • Transition énergétique

    • Bien-être et qualité de vie

    • Égalité et droits humains

    • Lutte contre la pauvreté et l’exclusion

    • Répartition des richesses

    • Réduction des déchets et des gaspillages…
      Auteur de cette analyse :  Jean-Guy GANSOINAT       (Juin 2021)

  • Excursion ou expédition ?

    L’excursion du Club alpin français au Mézenc (ruedespuces n° 30) était savamment préparée et un article du Journal d’Annonay du 30 juillet 1881 donnait quelques détails pratiques pour ceux qui y participeraient. Les deux caravanes de l’excursion étaient « annoncées comme devant être nombreuses » mais ne comportaient probablement pas de femmes.

    Même si le Club avait annoncé, dès le début, sa volonté d’intégrer les femmes, elles ne représentaient que 1% en 1876. Le club de Haute Tarentaise, par exemple, n’a accepté l’adhésion d’une femme qu’en 1883. A signaler que George Sand signe un article, « Souvenir d’Auvergne », dans le premier annuaire publié par le Club alpin français, en 1874. Elle a été membre du club, avec son fils, jusqu’à sa mort en 1876.

    Des préconisations ont parues dans le même journal :

    Les membres devront être « munis de leur insigne d’alpiniste » pendant toute la durée de l’excursion. Les cartes d’état-major à utiliser sont précisées et il est aussi proposé de consulter le guide Joanne France-Auvergne-Morvan-Velay-Cévennes.

    Il est aussi conseillé de ne prendre « que le strict nécessaire pour la durée de l’excursion en fait de bagages, afin de ne pas trop charger les voitures et de faciliter les mouvements des caravanes. Un pardessus, ou un plaid imperméable sont nécessaires pour cette excursion dans laquelle ont peut être surpris par les orages et les changements brusques de température ».

    Un équipement scientifique des excursionnistes était possible : « Le thermomètre fronde (Il était fixé à une chaînette que l'on faisait tourner comme une fronde pour obtenir une mesure plus fiable de la température de l'air), le baromètre orométrique (baromètre à cadran et de poche), le podomètre et la boussole peuvent être utilisés pour des observations diverses. »

    Le guide Joanne conseillait les voyageurs sur leur garde robe :  « Pour les vêtements de voyage, la laine est de beaucoup préférable à la toile ; le coutil devient froid quand on a transpiré ou quand on a été mouillé. Avec des chaussettes de laine on n'a jamais d'ampoules. Chacun s'habille à sa guise ; mais de bons souliers, à la semelle épaisse, et garnis de gros clous, sont indispensables pour la marche. »

    Cette excursion que l’on pourrait presque associer à un trek, compte tenu de son organisation et du chronométrage de ses parcours, se doublait donc d’une approche scientifique. Aujourd’hui le randonneur, ou le touriste, est probablement moins scientifique mais une profusion d’« applis » sur son téléphone portable lui permet de mesurer ce qu’il veut, si l’envie lui prend, avec plus ou moins de précision.

    Mais, à part les excursions, quel était l’emploi du temps d’un touriste ?

    Avant toute chose, la première préoccupation du touriste, quelle que soit l’époque, est de savoir où il va et comment. Il consulte donc probablement un guide touristique.

    A suivre…

    Jean-Claude Ribeyre

     

    1- Un excursionniste devant le Gerbier. Extrait d'une carte postale des éditions E.T. d’Aubenas, bromure Artige. Il existe plusieurs cartes postales mettant en scène le même personnage dans des situations différentes.

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    2 - Affiche publicitaire  « Articles de voyage du touriste ». Émile Lévy éditeur, 1880. Bnf Gallica. Pour comparer avec aujourd’hui : https://www.globe-trotting.com/accessoires-de-voyage.

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